250 jeunes, français et slovaques écrivent main dans la main un roman qui parle d’Europe

Qu’est-ce qu’être jeune, en Europe, au début du XXIième siècle et comment se vit cette citoyenneté européenne quand elle passe des représentations, de l’imaginaire à une réalité vécue ?
A cette question deux cent cinquante lycéens du lycée Guillaume-Apollinaire, de Nice, en France et du lycée Bilingue de Kosice, en Slovaquie, ont répondu en participant sur deux années à un échange Comenius et en écrivant un roman qui reflète leur vision de ce monde au début du millénaire et de leur citoyenneté européenne.
Pourquoi écrire encore des romans au début du XXIe siècle ? Parce que le roman offre un espace illimité qui reflète la richesse et l’étrangeté de la vie et peut inclure tous les genres littéraires, tous les registres.
Beaucoup de liens entre les élèves des deux pays se sont formés grâce à cet ouvrage d’un type bien particulier et proprement inédit.
On entre dans celui-ci comme dans un film d’aventures où une jeune fille déboussolée, accompagnée de son frère, découvre que la vie a un poids et décide de voyager pour en comprendre le prix.
Les auteurs, deux cent cinquante élèves français et slovaques, aiment s’amuser, parcourir l’Europe et découvrir une autre culture et apprendre une langue étrangère. Dans leur roman, ils font référence aux moments, parfois douloureux, parfois drôles ou cocasses de leur adolescence, mais déploient aussi leur imaginaire et leur créativité, une consolation dans un monde qui oublie bien trop souvent le rêve.
Leur roman exprime les problèmes, les peurs, les inquiétudes, les désirs de deux adolescents européens de ce début de siècle, de ce début de millénaire.
Ce livre est utile pour les adolescents qui veulent se découvrir, et il n’est pas inutile pour les parents qui veulent les comprendre.
L’histoire
Que feriez-vous si vous appreniez que toute votre vie est fondée sur un mensonge ? Seriez-vous prêt à tout quitter pour connaître la vérité ?
Lucia, dix sept ans, avait tout pour être heureuse. Jusqu’au jour où elle surprend une conversation et apprend un terrible secret de famille. Cet événement déclenche une folle cavale à travers l’Europe, avec comme seul indice le mystérieux médaillon qu’elle porte au cou depuis sa plus tendre enfance.
De nombreuses aventures l’attendent : une nouvelle vie s’ouvre à elle, joie, déceptions, amours, faux espoirs, rencontres…
Le roman du roman :
L’histoire de ce roman plonge ses racines très loin dans l’histoire de l’Europe, celle des langues et des peuples. Dans Les Braises, roman de Sándor Márai, né à KoÅ¡ice en 1900, un général de l’armée austro-hongroise, devenu aveugle et paralysé, se fait lire des romans français par sa servante hongroise. Elle ignore cette langue et épelle chaque mot que l’homme reconstitue un à un pour en faire de phrases, dans la nuit. On ne peut mieux dire l’attachement à une langue et à une culture. Cette image a été l’incarnation d’une conscience européenne qui passe par la créativité et la culture.
Restait à écrire un roman et pour cela à fabriquer un auteur à deux cent cinquante têtes ! Comme Flaubert, notre hydre devait être un écrivain à programme : fixer d’abord son plan pour ensuite le développer dans l’écriture.
La première année a ainsi été consacrée à l’élaboration du scénario détaillé. La proximité entre les élèves, née des échanges épistolaires et des séjours dans les deux pays a permis de créer une cohésion. Une histoire s’est vite imposée, validée par un vote, lors de la visite des Français à Košice, en avril 2008, puis enrichie par un travail de groupe, lors de la venue des Slovaques, en mai, à Nice.
Parallèlement, un site sur les énergies renouvelables, la culture slovaque et le roman voyait le jour ; un travail interdisciplinaire, histoire et géographie, électrotechnique et physique appliquée, donnait des matériaux documentaires pour l’écriture du roman, l’année suivante.
Les sept premiers chapitres écrits par les élèves slovaques, ont été relus, corrigés et amplifiés par les élèves français. Un véritable travail de lecture pour comprendre ce que « l’auteur » a voulu faire de telle situation, de tel personnage puis respecter ses choix, les enrichir et les faire aboutir et sonner juste dans la langue française.
Les élèves nouveau venus dans le projet ont tout de suite été en phase avec l’histoire – preuve qu’elle raconte des choses qui les concernent tous sur un mode auquel ils adhèrent spontanément. La mise en ligne du scénario et des chapitres sur un espace de travail en ligne (wiki), déjà utilisé pour élaborer et choisir le scénario, a permis à tous de suivre l’évolution de l’écriture du roman presque au jour le jour et de créer un atelier d’écriture en ligne. Car, à la différence des autres devoirs d’expression, le roman devait aboutir à une forme la plus parfaite possible, delà les réécritures multiples avec l’aide des autres en ligne ou en classe où le chapitre était projeté au tableau pour une lecture collective.
Rien pourtant de lassant dans ce travail de réécriture, mais de l’enthousiasme, beaucoup plus que pour les autres travaux scolaires. Les objets d’étude du programme – le roman, la nouvelle, le travail de l’écriture,… – on été abordé avec plaisir l’idée, pour les élèves proprement extraordinaire, d’écrire un roman leur donnant tout leur sens.
Ce projet a été pour eux l’occasion de travailler les apprentissages fondamentaux, tant dans les programmes français que slovaques, et de découvrir leurs camarades européens pour prendre conscience de leur citoyenneté européenne.